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Quatre saisons, quatre ambiances : comment les saisons façonnent la vie coréenne

·10 min de lecture

La Corée connaît quatre saisons franchement distinctes, et chacune transforme non seulement le paysage, mais le rythme entier de la vie quotidienne. La nourriture change, les activités basculent, et même l'humeur nationale oscille avec la température. Pour les Coréens, les saisons ne sont pas qu'une question de météo. Ce sont des événements culturels avec leurs propres traditions, leurs plats et leurs attentes sociales.

Printemps (봄, Bom) : renaissance et pétales roses

Le printemps en Corée s'étend en gros de fin mars à mai, et il arrive comme un interrupteur que l'on actionne. Après des mois de froid brutal, les températures grimpent jusqu'à la dizaine et la vingtaine de degrés, et tout le pays expire collectivement.

Cerisiers en fleurs (벚꽃, Beotkkot)

Rien ne définit le printemps coréen comme la saison des cerisiers en fleurs. Pendant environ deux semaines, début à mi-avril, des fleurs roses et blanches explosent à travers le pays, et les Coréens y répondent avec une dévotion presque religieuse pour la contemplation des fleurs. Les parcs, les bords de rivière et les sites célèbres se remplissent de familles, de couples et de groupes d'amis qui étalent des couvertures de pique-nique et prennent des photos.

Le front des cerisiers en fleurs progresse du sud au nord. L'île de Jeju fleurit la première à la fin mars, suivie de Busan et Gyeongju, puis enfin de Séoul à la mi-avril. Les services météorologiques coréens suivent et prévoient le front des fleurs, et les gens organisent leurs voyages en conséquence.

Forsythias et culture du pique-nique

Si les cerisiers en fleurs reçoivent l'attention internationale, beaucoup de Coréens associent l'arrivée du printemps aux 개나리 (gaenari, forsythias), ces fleurs jaunes vives qui bordent les trottoirs et les parcs. Voir les forsythias signifie que le printemps a commencé, indépendamment du calendrier.

Le printemps déclenche aussi la saison de pique-nique la plus enthousiaste de la Corée. Les parcs du fleuve Han à Séoul deviennent une mer de bâches bleues et de plats livrés lors des week-ends doux. Commander la livraison de poulet frit sur votre coin de pique-nique au bord de la rivière est une expérience printanière typiquement coréenne.

Le revers : poussière jaune et particules fines

Le printemps n'est pas que fleurs et pique-niques. Le 황사 (hwangsa, poussière jaune) souffle depuis les déserts chinois et mongols et, combiné aux 미세먼지 (misemeonji, particules fines), la qualité de l'air printanier peut être réellement dangereuse. Les Coréens consultent les applications de qualité de l'air aussi régulièrement que la météo, et les masques étaient courants dans les rues coréennes bien avant la pandémie.

Été (여름, Yeoreum) : chaleur, pluie et glace aux haricots rouges

Les étés coréens ne sont pas pour les âmes sensibles. De juin à août, le pays oscille entre chaleur écrasante et pluies torrentielles, et ces deux extrêmes façonnent la manière dont les gens mangent, voyagent et tiennent le coup.

Saison de la mousson (장마, Jangma)

Le 장마 (jangma) frappe généralement fin juin ou début juillet et dure trois à quatre semaines. De fortes pluies tombent presque chaque jour sur la péninsule, l'humidité dépasse les 80 %, et les Coréens organisent leur vie autour.

La réponse culturelle est singulière : quand il pleut, les Coréens ont envie de 파전 (pajeon, galettes aux oignons verts) et de 막걸리 (makgeolli, vin de riz). Le bruit de la pluie, le grésillement des galettes et la douceur du makgeolli sont si ancrés dans l'imaginaire que les restaurants voient les commandes de pajeon s'envoler dès qu'il pleut.

Combattre la chaleur

Quand le jangma se termine, la chaleur brute prend le relais. En août, les températures dépassent régulièrement 35 degrés Celsius. Les Coréens ont développé tout un vocabulaire autour de la survie estivale :

  • 피서 (piseo) : fuir la chaleur en partant vers la côte ou la montagne
  • 빙수 (bingsu) : dessert à base de glace pilée garnie de haricots rouges, de fruits ou de lait concentré. Les versions premium dans les hôtels et les cafés coûtent entre 15 et 30 dollars
  • 삼계탕 (samgyetang) : soupe de poulet au ginseng, mangée les jours les plus chauds

Samgyetang à Boknal

Manger une soupe chaude les jours les plus chauds peut sembler contre-intuitif, mais le 복날 (boknal) est profondément ancré dans la culture coréenne. Trois jours de boknal désignés chaque été (초복, 중복, 말복) envoient les Coréens dans les restaurants de samgyetang, où les files d'attente peuvent dépasser une heure. La logique suit la médecine traditionnelle coréenne : combattre la chaleur par la chaleur pour restaurer l'énergie.

Automne (가을, Gaeul) : couleurs, récoltes et randonnées

Demandez à n'importe quel Coréen sa saison préférée et la plupart répondront l'automne. De septembre à novembre, on profite de températures agréables, de ciels limpides et de ce qui pourrait bien être les plus beaux paysages naturels de Corée.

Contemplation du feuillage (단풍놀이, Danpung Nori)

Tout comme les cerisiers en fleurs définissent le printemps, le 단풍 (danpung, feuillage d'automne) définit l'automne. Les montagnes coréennes se transforment en dégradés de rouge, d'orange et d'or. Les parcs nationaux de Seoraksan, Naejangsan et Bukhansan se remplissent de randonneurs munis de thermos et de kimbap.

Le front du feuillage se déplace dans le sens inverse de celui des cerisiers : du nord au sud, à partir de fin septembre à Seoraksan, jusqu'au sud à fin octobre.

천고마비 (Cheongomabi) : ciel haut, chevaux gras

Cette expression coréenne classique signifie littéralement « le ciel est haut et les chevaux engraissent ». C'est la manière poétique de décrire les conditions idéales de l'automne : des ciels clairs et hauts, et des récoltes si abondantes que même les chevaux engraissent. Les Coréens utilisent cette expression pour décrire le jour parfait d'automne, et elle capture magnifiquement l'esprit de la saison.

Chuseok (추석)

La plus grande fête de Corée tombe en automne, généralement en septembre ou octobre du calendrier solaire. Chuseok est l'équivalent coréen de la fête des moissons et de Thanksgiving. Les familles se réunissent, visitent les tombes ancestrales et mangent des 송편 (songpyeon), des galettes de riz en demi-lune fourrées de sésame, de haricots ou de châtaignes.

Le Chuseok moderne implique d'énormes embouteillages, alors que toute la population urbaine prend la route simultanément vers ses villes natales. Un trajet de trois heures peut s'étirer à huit heures ou plus. Malgré les bouchons, Chuseok reste un moment de véritable connexion familiale.

Randonnée et saison des récoltes

La Corée est composée à environ 70 % de montagnes, et l'automne est la haute saison de la randonnée. Les sentiers du week-end deviennent suffisamment encombrés pour qu'il faille parfois faire la queue aux sommets populaires. La culture coréenne de la randonnée a ses propres particularités : une mode montagne sérieuse (North Face et Black Yak sont des marqueurs de statut), des pauses makgeolli en bord de sentier, et des en-cas qui incluent toujours kimbap et œufs durs.

La saison des 감 (gam, kakis) culmine en octobre et novembre. Les kakis doux sont mangés frais, tandis que les kakis astringents sont séchés en 곶감 (gotgam), une délicatesse traditionnelle. En traversant la campagne, vous verrez des kakis suspendus aux arbres et séchant sur des claies devant les fermes.

Hiver (겨울, Gyeoul) : froid, kimchi et snacks de rue

Les hivers coréens sont sérieux. De décembre à février, les températures descendent régulièrement jusqu'à moins 10 ou 15 degrés Celsius, le ressenti pouvant être encore plus bas. Mais loin de se cacher à l'intérieur, les Coréens ont bâti une culture hivernale chaleureuse, conviviale et étonnamment active.

La saison du kimchi (김장, Gimjang)

Le 김장 (gimjang) est la tradition annuelle de préparer de grandes quantités de kimchi pour passer l'hiver. Historiquement, c'était un événement communautaire où familles et voisins se réunissaient pour préparer des centaines de têtes de chou, et bien que les Coréens modernes puissent acheter du kimchi dans n'importe quel supermarché, le gimjang reste culturellement important.

L'UNESCO a reconnu le gimjang comme patrimoine culturel immatériel en 2013. Même les familles citadines vivant en appartement participent souvent, que ce soit en faisant un petit lot à la maison ou en rejoignant des événements organisés. Le spectacle de choux enrobés de pâte de piment rouge que l'on emballe dans des conteneurs est un rituel hivernal qui relie les générations.

La saison des snacks de rue

L'hiver libère le meilleur de la culture des snacks de rue coréens :

  • 군고구마 (gun goguma) : patates douces rôties dans des fours en forme de tambour, aux coins des rues. L'odeur seule vous arrête en plein élan par temps froid.
  • 붕어빵 (bungeoppang) : pâtisseries en forme de poisson fourrées de pâte de haricots rouges sucrée ou de crème pâtissière. Malgré la forme, aucun poisson n'est impliqué.
  • 호떡 (hotteok) : crêpes sucrées fourrées de cassonade, de cannelle et de cacahuètes concassées. Mordre dans un hotteok frais et se brûler la langue avec le sucre fondu est une expérience hivernale partagée par tous les Coréens.
  • 어묵 (eomuk) : brochettes de pâte de poisson servies avec un bouillon chaud. Le bouillon est gratuit, et se réchauffer les mains autour d'un gobelet à un stand de rue est l'un des petits plaisirs de l'hiver.

Rester au chaud : ondol, hatpaek et longues doudounes

Les appartements coréens sont équipés de 온돌 (ondol), un chauffage par le sol qui maintient le sol chaud. Les soirées d'hiver sur un sol ondol chauffé, avec des mandarines et une couverture, sont la version coréenne du hygge.

Dehors, les 핫팩 (hatpaek, chauffe-mains) sont essentiels. Les Coréens en glissent dans leurs poches, leurs chaussures, et collent même des versions adhésives sur leurs vêtements. La longue doudoune (롱패딩) est devenue un uniforme national, presque tout le monde portant des doudounes longueur genou de novembre à février.

Culture du ski et Noël

La Corée possède une industrie du ski compacte dans la province de Gangwon, avec des stations comme Yongpyong et Alpensia qui attirent les foules le week-end depuis Séoul. Les Jeux olympiques de Pyeongchang 2018 ont stimulé les sports d'hiver, et les installations restent populaires.

Noël en Corée est avant tout une fête de couples, pas un événement familial. Les couples échangent des cadeaux, réservent des restaurants élégants et se promènent dans les rues illuminées. Les réunions de famille se tiennent plutôt au Nouvel An lunaire (설날). La fin d'année (연말) apporte des dîners d'entreprise (회식) et des fêtes de fin d'année (송년회) qui remplissent les calendriers de décembre.

Pourquoi les saisons comptent autant

L'extrême variation saisonnière de la Corée force les gens à vivre en synchronisation avec la nature d'une manière que des climats plus doux n'exigent pas. Optimisme du printemps, endurance de l'été, satisfaction de l'automne et convivialité de l'hiver forment un cycle qui donne à la vie coréenne une structure à la fois ancienne et résolument moderne.

Comprendre ce rythme saisonnier explique tout, des restaurants coréens qui changent leurs menus quatre fois par an, à vos amis coréens qui publient des selfies sous les cerisiers en fleurs chaque avril. Les saisons ne sont pas un décor de fond en Corée. Elles sont le personnage principal.

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